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mercredi, 04 juillet 2007
Devoir de mémoire
Mardi 26 juin dernier, la ville de Vincennes et l’Association pour la mémoire des enfants juifs déportés de Vincennes ont organisé une cérémonie en souvenir des enfants juifs déportés. A cette occasion des plaques commémoratives ont été posées sur plusieurs bâtiments de notre ville. Voici le discours prononcé lors de cet hommage.
Nous nous retrouvons aujourd’hui, avec émotion et recueillement, pour affirmer ensemble que jamais nous n’oublierons, pour célébrer, dans l’enceinte de nos écoles, la mémoire de ces 24 enfants qui, au plus sombre de l’Histoire, parce qu’ils étaient juifs, disparurent dans les camps.
Ces enfants, avant de n’être que souvenir, furent jadis vivants. En nous retrouvant aujourd’hui au chevet de leur histoire, à l’écoute de leur voix, nous les sortons du néant ; c’est à nous en effet qu’il revient de faire quelque chose.
Je tiens donc ici à remercier tous les enfants présents ce soir, ainsi que les enseignants et les directeurs des écoles pour le travail accompli avec leurs élèves afin que la mémoire soit transmise.
Merci aussi à Mesdames Danielle Dubowsky-Haddad, Lola Grynberg-Skarbnik et Liliane Riesfeld, responsables de l’Association pour la mémoire des enfants juifs déportés de Vincennes, association créée en 2005 et dont le travail a permis de retrouver le nom des 24 écoliers juifs vincennois morts en déportation dont nous honorons aujourd’hui la mémoire.
Voici quelques 60 ans, notre pays était plongé dans de profondes ténèbres.
En ce pays naguère des Lumières et des Droits de l’Homme, l’ordre nazi donnait la pleine mesure de sa folie meurtrière, avec son sinistre cortège de rafles et d’arrestations.
C’est à cette folie que participèrent les autorités de Vichy lorsque, au mépris de leurs devoirs, elles vinrent à seconder et parfois même devancer les exigences de l’Occupant jusqu’à décider la déportation des enfants.
Tous ces enfants innocents, joyeux, ont été dépossédés de leur enfance, de leur avenir par la folie d’un régime.
Ce régime, d’une cruauté absolue, a voulu non seulement leur disparition physique, mais aussi leur oubli total, leur déniant même le droit d’avoir une sépulture, ils ont disparu sans laisser de trace.
C’est pourquoi il est de notre devoir de nous souvenir et de faire que les plaques que nous avons dévoilées, aient la valeur symbolique des lieux de mémoire.
En effet, pour que pareille horreur ne se reproduise jamais, il nous faut garder la mémoire vive et douloureuse de ces moments terribles qui blessent l’histoire des hommes, et il nous faut aussi continuer de méditer sur ce passé devenu incontournable car il n’est pas de précédent à l’extermination de ces enfants, qui visait à atteindre un peuple tout entier dans sa descendance,
afin que ce peuple disparaisse de la terre à jamais.
Ainsi, le crime perpétré par les nazis aura donné au Mal sa figure indépassable dans un siècle marqué par les génocides de l’Arménie au Rwanda.
Un crime qui continue de nous hanter, car il ne s’apparente à rien de connu, et qu’il ne peut être réduit à un accident de l’histoire pas plus qu’à une parenthèse.
Un crime qui continue de nous mobiliser parce qu’il marque une césure dans l’Histoire de l’Humanité et que sa nature même, son caractère abominable et singulier, dépassent l’entendement.
Voilà pourquoi nous devons refuser simplement que cette tragédie sans pareille ne s’apprivoise, ne se banalise, et, domestiquée par les livres d’histoire, ne disparaisse progressivement dans l’oubli.
Nous avons une pensée émue pour ces 24 petits vincennois mais aussi pour tous les enfants, ceux qui ont disparu dans les camps, ceux qui ont survécu, ceux qui ont été soustraits à l’Occupant.
Des enfants dont beaucoup n’ont pas retrouvé les leurs, dont beaucoup ont perdu une mère, un père, une sœur, un frère.
Des enfants dont la souffrance et les blessures, immenses, ne se sont pas refermées avec la Libération.
Que ces plaques que nous dévoilons aujourd’hui, que ces quelques noms gravés dans la pierre soient pour nous tous l’occasion de nous recueillir et de réfléchir à l’incessant combat pour la liberté et la dignité des hommes. Qu’elles permettent de ne jamais oublier.
Et je terminerai en citant ces quelques mots de Paul Eluard : si l’écho de leur voix faiblit, … nous périrons.
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