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mardi, 16 octobre 2007

Le test ADN en question

L'amendement controversé sur les tests ADN de la loi Hortefeux aura au moins eu le mérite d’offrir, à un très grand nombre de personnalités ou d’associations, la possibilité de s’exprimer sur cette question. Je suis pour ma part contre un tel amendement.


Le recours à ce genre de test génétique est, en France, strictement encadré et lié à la question de la filiation dans le domaine médical ou judiciaire. Utiliser ce principe de test ADN dans le cadre d’un projet de loi relatif à l’immigration ne me semble pas aller dans le bon sens. Introduire une dimension biologique dans l'organisation de l'immigration en France peut sembler une régression - non qu'il faille accueillir en France toutes les personnes qui souhaitent opérer un "regroupement familial"- parce qu'en adoptant l'amendement Mariani, on définirait pour les étrangers une filiation spécifique, reposant uniquement sur le critère biologique.
La vie politique est souvent faite de « signes » et celui-ci va à l’encontre de toutes les avancées initiées depuis quelques années.
La mise en œuvre du Pacs, l’assouplissement des procédures d’adoption ou tout simplement la recomposition des familles sont autant de mesures qui ont fait évoluer la notion de famille en France sans la réduire au seul lien biologique. Alors pourquoi l’imposer à des étrangers qui feraient le choix de venir dans notre pays en étant en règle avec notre législation. Accepter de mettre en place ce genre de test pour 1 000 à 2000 ressortissants étrangers dont la filiation est douteuse me semble être une mesure excessive et d’un point de vue éthique un « signe » négatif dans la France de 2007.

La notion de famille a beaucoup évolué dans notre société en s’appuyant sur des critères humanistes qui ne se réduisent pas au seul lien biologique. Pourquoi alors faire le choix d’imposer ce seul critère à ceux qui viendraient nous rejoindre ? Je sais que les sondages vont dans le sens de cet amendement, mais il est de la responsabilité des femmes et des hommes politiques d’aller certaines fois à l’encontre de la pensée collective.

Notre pays a besoin de réformes, de « signes » forts, les tests ADN ne sont à mon sens pas le signe dont la France a besoin.


Laurent LAFON
Maire de Vincennes
Conseiller régional d'Île-de-France

Commentaires

Merci pour cette mise au point qui me rassure. Je n'aurais pas aimé que le maire de ma ville souteinne cette idée là.

Ecrit par : Bernard L. | mardi, 16 octobre 2007

Votre position est courageuse. Je ne la partage pas mais j'apprécie que vous preniez position.

Ecrit par : Eric B. | mercredi, 17 octobre 2007

Si je me souviens bien vous vous êtes déjà exprimé sur une évolution du droit du mariage, vous confirmez donc une ouverture d'esprit et une certaine liberté de pensée sur ces sujets. C'est bien.

Ecrit par : Pierre V. | mercredi, 17 octobre 2007

Je trouve votre démonstration intéressante car elle rejoint celle d'Axel Kahn ou d'autres. En ouvrant la porte à ce genre d'utilisation, demain on pourra demander l'adn des gens avant de les embaucher.

Ecrit par : Camille | vendredi, 19 octobre 2007

Monsieur Lafon,

votre position dans cette affaire vous honore, et je la rejoins.

Pour autant, votre formation politique - puisqu'il semble que vous ayiez choisi de rejoindre le Nouveau Centre - a eu, à l'Assemblée, une position pour le moins ambigüe, contradictoire, voire totalement incohérente. Certains de ses membres éminents ayant même choisi de soutenir "contre vents et marées" l'amendement Mariani. Quand d'autres, y compris à l'UMP, avaient le courage de s'y opposer.

A l'échelon municipal, vous pouvez déclarer ce que vous voulez, cela ne porte pas à conséquence. Mais, votre conviction aurait-elle abouti à un vote contre ce projet UMP si vous aviez été député ? A voir le vote des parlementaires Nouveau Centre, je crains d'en douter. J'estime votre prise de parole d'élu local, mais peu celles, alambiquées quand elles n'étaient pas inaudibles, des parlementaires que vous soutenez. Or ce sont eux qui votent les lois.

Ecrit par : Paul B | mercredi, 24 octobre 2007